Feuille de vie des Messagers de Marie, Reine immaculée de l’univers
Les animaux sauvages ont presque tous un
territoire, qu'ils parcourent, qu'ils marquent,
qu'ils défendent. Malheur à l'intrus, malheur au
concurrent !
Il en va de même parfois pour nous, les
humains. (…) Notre cœur a des frontières, et il en
crée toujours de nouvelles : frontières entre les
personnes et entre les groupes, entre les amis et les
ennemis, entre les gens intéressants et les laissés
pour compte, entre ceux pour qui nous existons et
ceux qui n'existent pas pour nous.
Au-delà de la frontière, parfois très près des
yeux, mais déjà loin du cœur, nous apercevons des
frères et des sœurs dont nous craignons le caractère,
les réactions, dont nous n'attendons plus rien, ni
compréhension, ni dévouement, ni lumière, et pour
qui nous avons cessé d'espérer.
À ces limites de notre regard, à ces scléroses de
notre cœur, Jésus oppose la manière de Dieu, les
habitudes du Père céleste, qui est parfait : "Soyez
parfait, comme votre Père céleste est parfait".
Elle est insaisissable, cette perfection du Père
céleste… Elle est faite, bien sûr, de miséricorde ;
mais Jésus la décrit aussi comme une joie de
donner et de faire vivre, comme un désir sans
limites de faire confiance, comme un océan de
tendresse qui n'aurait pas de rivages.
Dieu aime toujours le premier, et continue
d'aimer même quand aucun amour ne lui répond.
Dieu ignore les frontières entre les hommes et entre
les groupes ; Dieu n'enferme jamais un homme
dans son passé, et à toute heure il nous rejoint pour
œuvrer en nous, sans reprise, sans lassitude, dans le
sens de la vie, de l'élan, de l'espérance. Même le
païen, même le publicain, même le méchant et
l'injuste peuvent compter sur son soleil et sa pluie,
« et donc aussi attendre les récoltes et espérer pour
l'avenir. C'est déjà ce que le psalmiste chantait à
son Dieu : "Toi, tu ouvres la main, tu rassasies
tout vivant, et c'est là ton plaisir..."
La perfection du Père céleste, c'est comme
une main toujours en train de s'ouvrir.
C'est ce Père qu'il nous faut regarder et
imiter pour lui devenir semblables, pour entrer
dans l'expérience de notre filiation. Jésus y
insiste : "Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui
vous persécutent, pour que vous deveniez les fils
de votre Père qui est aux cieux".
Nous sommes fils, et il nous faut devenir
ce que nous sommes, aller jusqu'au bout,
jusqu'au profond, jusqu'à la source de notre
être filial, en nous laissant revêtir par le Père
de sa manière d'aimer.
C'est bien ce mimétisme par rapport au Père
qui faisait pour Jésus la joie de tous les instants.
Son style d'accueil et de pardon, il le prenait au
Père, il le lisait en Dieu. Sauver comme le Père,
aimer comme le Père, cela aussi était sa manière
d'être Fils.
De même pour nous : aimer, et pardonner, ou
rejoindre le désir de Dieu qui est de faire vivre,
c'est notre manière de devenir fils, d'épanouir
notre être de fils.
Jésus nous a prévenus : le fraternel et le
théologal sont indissociables dans notre quête de
Dieu. C'est bien pourquoi, il est si important de
garder tous les jours, dans un coin de notre
cœur de pauvres et pour chacun de ceux que le
Seigneur nous donne à aimer, un brin de soleil
et un brin de pluie, un rayon de soleil pour la
joie du frère, une ondée pour l'aider à porter
du fruit. »
22 mars 2025
« Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui
vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est
aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons,
il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-
vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne
saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens
eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits
comme votre Père céleste est parfait..»
Mt 5, 44-48
»
Is 66, 12–13
Père Jean Lévêque (Homélie de carême sur Mt 5, 43-48)